Roman “Ton absence n’est que ténèbres”, de Jon Kalman Stefansson

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Roman “Ton absence n’est que ténèbres”, de Jon Kalman Stefansson

Analyse par Françoise Pasco, le 23 mars 2022

 

Si vous aimez les grandes histoires d’amour qui finissent mal, bien sûr, si vous rêvez des paysages grandioses et sauvages de l’Islande, si vous appréciez la musique des années 70-80 (Bob Dylan, Leonard Cohen, Beatles …), la poésie de Hölderlin, si une pointe d’irrationnel et de mystère ne vous dérange pas, si vous n’avez pas peur de vous perdre un peu dans une foule de personnages et un récit ignorant toute chronologie (mais très habilement mené), alors plongez sans attendre dans ce très beau roman.

De quoi il parle ? Impossible à résumer, mais il nous raconte de magnifiques histoires de vie, d’amour, de mort, dans une petite communauté au bord d’un fjord encore sauvage, mais déjà guetté par l’invasion touristique, au Nord-Ouest de l’Islande.

Et si comme moi vous l’avez aimé, nul doute que vous aurez envie de découvrir d’autres romans de JK Stefansson, par exemple la trilogie Entre ciel et terre, La Tristesse des anges et Le Cœur de l’homme, dont certains personnages réapparaissent dans Ton absence

Roman “La Porte du Voyage sans retour”, de David Diop

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Roman “La porte du voyage sans retour”, de David Diop ( Ed. Seuil – 19/08/2021)

Analyse par Françoise Pasco, le 13/02/2022

  Le narrateur est Michel Adanson, naturaliste français du XVIIIème siècle. Il faisait partie de ces savants du siècle des lumières qui partaient sur des bateaux pour le bout du monde afin de découvrir des pays exotiques, leur flore, leur faune, mais aussi leurs peuples, qui étaient à la fois botanistes, zoologues, ethnologues, géographes … et dont le retour était souvent aléatoire.
Après ces études, il part pour le Sénégal, il y passe 5 ans, recueille et étudie plantes, arbres, animaux mais s’intéresse aussi à la sociologie du pays, ce qui n’est pas courant à l’époque où on considérait tous les indigènes de ces pays exotiques comme des sauvages, apprend le wolof.
Dans la première partie, sa fille Aglaé assiste son père dans ses derniers instants. A la mort de son père, elle hérite de toutes ses affaires, livres, écrits (encyclopédie de 160 tomes), plantes, outils de toutes sortes et trouve dans un tiroir caché un carnet dans lequel son père raconte une aventure amoureuse qui lui est arrivée pendant son séjour au Sénégal et qui l’a poursuivi toute sa vie ; là nous entrons dans la fiction.
Et c’est désormais Michel Adanson qui raconte. Dans la première partie de son récit, il voyage avec une escorte, bien sûr, des porteurs … et un jeune homme Ndiak, fils du roi de Waalo, qui lui sert de guide et l’aide dans ses recherches botaniques. Un jour un roi leur parle d’une jeune femme, sa nièce Maram, qui a disparu un jour, vraisemblablement enlevée par les chasseurs d’esclaves et déportée à Gorée, mais 3 ans plus tard un homme se présente à la cour du roi et raconte que Maram est revenue d’Amérique et vit dans un village proche de Gorée, où elle est guérisseuse.
Michel Adanson très intéressé par cette histoire décide de retrouver Maram et sous couvert d’une nouvelle campagne de recherche entreprend un voyage assez mouvementé pour la retrouver. Alors la jeune femme lui raconte la véritable version de sa disparition, et au fil du récit, Adanson tombe follement amoureux d’elle.
L’auteur nous transporte dans le Sénégal du XVIIIème siècle, encore sauvage, éléphants, lions … Forêts d’ébéniers … belles descriptions, dans un style ample, poétique.
Maram, belle, intelligente, est experte dans l’art de soigner par les plantes, un peu sorcière. Elle lui parle de son respect pour la nature, des esprits qui régissent leurs vies, de l’importance de son rab sorte d’ange gardien qui la protège et la conseille dans ses choix de vie. En bon scientifique rationnel, MA ne veut pas y croire mais il est ébranlé dans ses certitudes d’occidental catholique.
Le personnage du narrateur est émouvant, qui confie à sa fille le récit de cet amour qui l’a poursuivi toute sa vie, ses scrupules à faire de Maram sa maitresse ou sa femme, ses regrets et ses remords.
Et puis je me suis beaucoup intéressée à la petite histoire attachée à M. Adanson qui manifestement a intéressé aussi l’auteur puisqu’il y consacre 50 pages, avant d’entrer dans l’histoire elle-même. L’histoire d’Aglaé Adanson est liée à notre ville de Sète, mais serait trop longue à raconter ici ….

 

Deux romans coup de cœur

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Par Françoise Pasco, le 18 mai 2021

Après Peindre, pêcher et laisser mourir, Peter Seller nous revient avec un très La rivière par Hellerbeau roman d’aventures : deux jeunes américains sont partis pour un voyage en canoë dans le grand nord canadien. Ils sont jeunes, bien entraînés, partagent une belle amitié, bref, tout va bien … mais le drame les rattrape, un gigantesque incendie les talonne, et ils croisent quelques personnages très dangereux. L’auteur lui-même aventurier habitué aux grands espaces nous livre de magnifiques descriptions de la nature sauvage, des parties de pêche à la mouche dignes de Et au milieu coule une rivière, et une construction au cordeau, un suspense parfaitement maîtrisé.  Ce roman nous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne et on le referme avec des images plein la tête.

 

Paresse pour tous par Klent

Dans un tout autre genre, ici, le héros est un économiste couronné par le prix Nobel, qui se laisse convaincre de se présenter à l’élection présidentielle de 2022 avec pour slogan : Droit à la paresse pour tous, et pas seulement pour “la catégorie des plus paresseux de France : ceux qui vivent des rentes de leur capital”. Semaine de 15h, échelle des salaires de 1900€ à 6000€ , et du temps libre pour le bénévolat, la culture du potager, la culture, la solidarité, le rêve … “Je suis la voix de ceux qui veulent que la vie ne se résume pas au travail, à la croissance, à la consommation”, dit le candidat Emilien Long. Le livre raconte sa campagne électorale et s’appuie sur des faits économiques tout-à-fait réels qui rendent cette utopie parfaitement réaliste. Uchronie, utopie … certes mais qui fait réfléchir sur ce que nous voulons pour le monde d’après et nous ouvre les yeux sur ce qui nous attend si rien ne change. A la fois drôle, plein de tendresse, mais effrayant sur le font, c’est une lecture qui fait du bien et qui bouscule nos stéréotypes. On doit y penser si l’on veut que dans 20, 30 ans des jeunes gens puissent encore réaliser leur rêve de descendre en canoë les rivières sauvages du grand nord.

A mon tour d’alimenter la rubrique “Mes lectures de confinement”

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Voici une petite sélection des romans qui m’ont le plus marquée depuis quelques mois.

Le colibri, de Sandro Veronesi : Très beau roman, construction virtuose. Deuxième prix Strega (le Goncourt italien) pour son auteur, le premier était Chaos calme.  Devinette : Le héros est médecin, quelle est sa spécialité ?

Le colibri par Veronesi

Le Train des enfants, de Viola Ardone : Juste après la deuxième guerre mondiale, le parti communiste italien monte une action pour envoyer des enfants misérables du sud de l’Italie dans des familles du Nord. Le narrateur a 9 ans quand il est envoyé dans une famille d’Emilie Romagne, où il est traité comme un fils. Intelligent, doué pour le violon, séjour de rêve. Le retour chez une mère qu’il aime mais qui est dure, enfermée dans son orgueil, lui devient insupportable et il s’enfuit. Devenu un violoniste reconnu, il fait le point lors du décès de sa mère, sur sa vie déchirée entre deux familles. Très émouvant.

Oyana, de Eric Plamondon : Oyana, jeune fille basque, est entraînée un peu par hasard dans un attentat de l’ETA qui tourne mal dans les années 90. Elle doit s’exiler d’abord au Mexique, où elle tombe amoureuse d’un québécois qu’elle suit à Montréal. En 2016 l’Eta rend les armes et elle décide de rentrer en France. Le roman est une longue lettre à son mari, écrit pendant ce road movie le long du Saint Laurent, puis en France (Bordeaux et le Pays Basque), où elle va se retrouver dramatiquement replongée dans son passé.

La Familia grande, de Camille Kouchner : tout le monde connaît le sujet dramatique de ce roman, mais c’est aussi une belle découverte littéraire. A la fois choquant et très émouvant.

Des diables et des saints, Jean-Baptiste Andrea : un jeune ado dont la famille disparaît dans un accident d’aviation est envoyé dans un orphelinat tenu par un jésuite hyper-radical au fin fond d’une vallée pyrénéenne. La vie y est très dure, les sanctions parfois inhumaines, mais le jeune garçon y apprend la fraternité, la résistance à l’injustice, la résilience, et y découvre l’amour. Devenu un pianiste reconnu (très belles pages sur la musique), le vieil homme joue sur les pianos de gare et d’aéroport et raconte. Lisez-le, c’est un beau roman.

C’est tout pour aujourd’hui ! Mes amitiés à tout le monde.

Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens

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Là où chantent les écrevisses

Editions du Seuil, Janvier 2020

L’auteur, née en 1949, est zoologiste et biologiste. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur la faune africaine, celui-ci est son premier roman.

C’est l’histoire d’une petite fille, Kya, qui se retrouve seule et qui survit dans une maison délabrée au milieu d’un marais de Caroline du Nord ; sa mère et ses frères ont fui un père violent et la pauvreté extrême dans laquelle vit la famille. Elle survit grâce à l’aide d’un couple de noirs qui tienne une petite épicerie au bord du marais et aux ressources du marais qu’elle connaît parfaitement.
Mais elle est rejetée par la population du village à côté. Seul Tate, ami d’enfance de son frère, secrètement amoureux d’elle quand elle devient adolescente, vient la voir, lui apprend à lire, puis lui procure des livres scientifiques qui lui permettent de devenir une spécialiste de la faune et la flore de la région. Mais elle est trompée et abandonnée par les personnes en qui elle a confiance. La fin devient un peu mélo et assez invraisemblable ; cependant ce roman est un magnifique hymne à la nature, un plaidoyer pour la sauvegarde de ces zones humides des côtes de Caroline du Nord.
Des descriptions très belles sans être trop envahissantes, des personnages secondaires intéressants, un beau personnage central, bref une lecture très agréable.
Ce roman peut plaire à un large public.