Roman « Ton absence n’est que ténèbres », de Jon Kalman Stefansson

 

Roman « Ton absence n’est que ténèbres », de Jon Kalman Stefansson

Analyse par Françoise Pasco, le 23 mars 2022

 

Si vous aimez les grandes histoires d’amour qui finissent mal, bien sûr, si vous rêvez des paysages grandioses et sauvages de l’Islande, si vous appréciez la musique des années 70-80 (Bob Dylan, Leonard Cohen, Beatles …), la poésie de Hölderlin, si une pointe d’irrationnel et de mystère ne vous dérange pas, si vous n’avez pas peur de vous perdre un peu dans une foule de personnages et un récit ignorant toute chronologie (mais très habilement mené), alors plongez sans attendre dans ce très beau roman.

De quoi il parle ? Impossible à résumer, mais il nous raconte de magnifiques histoires de vie, d’amour, de mort, dans une petite communauté au bord d’un fjord encore sauvage, mais déjà guetté par l’invasion touristique, au Nord-Ouest de l’Islande.

Et si comme moi vous l’avez aimé, nul doute que vous aurez envie de découvrir d’autres romans de JK Stefansson, par exemple la trilogie Entre ciel et terre, La Tristesse des anges et Le Cœur de l’homme, dont certains personnages réapparaissent dans Ton absence

Roman « La maison dans l’impasse », de Maria Messina

Roman « La maison dans l’impasse », de Maria Messina
Analyse de Ouarda Ispenian, le 14 mars 2022

L’histoire se passe au début du xxe siècle. Dans ce roman dramatique, elle dépeint la vie de deux sœurs, qui sous l’emprise d’un seul homme, vont petit à petit basculer dans une tragique histoire de famille. Antoniéta est l’ainée d’Encolina et épouse de Don Lucio qui est l’administrateur de biens immobiliers du baron Rossi.

Don Lucio est un personnage sournois, calculateur, cupide et très égoïste. Il gère sa maison comme il gère ses affaires. Tout est encadré, huilé pour ne pas perturber le rouage immuable du temps qui s’égrène.

Les deux sœurs qui étaient très unies finiront par ne plus se faire confiance et deviendront l’ombre d’elle-même. Recluses, dépendantes et entièrement soumises. Elles perdront, de façon tragique, le seul lien charnel qui les illuminait et les unissait entre elles.

Une vie sans horizon au bout d’une impasse !

C’est un petit livre qui contient une Grande Histoire …

Roman « La Porte du Voyage sans retour », de David Diop

Roman « La porte du voyage sans retour », de David Diop ( Ed. Seuil – 19/08/2021)

Analyse par Françoise Pasco, le 13/02/2022

  Le narrateur est Michel Adanson, naturaliste français du XVIIIème siècle. Il faisait partie de ces savants du siècle des lumières qui partaient sur des bateaux pour le bout du monde afin de découvrir des pays exotiques, leur flore, leur faune, mais aussi leurs peuples, qui étaient à la fois botanistes, zoologues, ethnologues, géographes … et dont le retour était souvent aléatoire.
Après ces études, il part pour le Sénégal, il y passe 5 ans, recueille et étudie plantes, arbres, animaux mais s’intéresse aussi à la sociologie du pays, ce qui n’est pas courant à l’époque où on considérait tous les indigènes de ces pays exotiques comme des sauvages, apprend le wolof.
Dans la première partie, sa fille Aglaé assiste son père dans ses derniers instants. A la mort de son père, elle hérite de toutes ses affaires, livres, écrits (encyclopédie de 160 tomes), plantes, outils de toutes sortes et trouve dans un tiroir caché un carnet dans lequel son père raconte une aventure amoureuse qui lui est arrivée pendant son séjour au Sénégal et qui l’a poursuivi toute sa vie ; là nous entrons dans la fiction.
Et c’est désormais Michel Adanson qui raconte. Dans la première partie de son récit, il voyage avec une escorte, bien sûr, des porteurs … et un jeune homme Ndiak, fils du roi de Waalo, qui lui sert de guide et l’aide dans ses recherches botaniques. Un jour un roi leur parle d’une jeune femme, sa nièce Maram, qui a disparu un jour, vraisemblablement enlevée par les chasseurs d’esclaves et déportée à Gorée, mais 3 ans plus tard un homme se présente à la cour du roi et raconte que Maram est revenue d’Amérique et vit dans un village proche de Gorée, où elle est guérisseuse.
Michel Adanson très intéressé par cette histoire décide de retrouver Maram et sous couvert d’une nouvelle campagne de recherche entreprend un voyage assez mouvementé pour la retrouver. Alors la jeune femme lui raconte la véritable version de sa disparition, et au fil du récit, Adanson tombe follement amoureux d’elle.
L’auteur nous transporte dans le Sénégal du XVIIIème siècle, encore sauvage, éléphants, lions … Forêts d’ébéniers … belles descriptions, dans un style ample, poétique.
Maram, belle, intelligente, est experte dans l’art de soigner par les plantes, un peu sorcière. Elle lui parle de son respect pour la nature, des esprits qui régissent leurs vies, de l’importance de son rab sorte d’ange gardien qui la protège et la conseille dans ses choix de vie. En bon scientifique rationnel, MA ne veut pas y croire mais il est ébranlé dans ses certitudes d’occidental catholique.
Le personnage du narrateur est émouvant, qui confie à sa fille le récit de cet amour qui l’a poursuivi toute sa vie, ses scrupules à faire de Maram sa maitresse ou sa femme, ses regrets et ses remords.
Et puis je me suis beaucoup intéressée à la petite histoire attachée à M. Adanson qui manifestement a intéressé aussi l’auteur puisqu’il y consacre 50 pages, avant d’entrer dans l’histoire elle-même. L’histoire d’Aglaé Adanson est liée à notre ville de Sète, mais serait trop longue à raconter ici ….

 

Roman « Le chemin des estives », de Charles Wright

Roman « Le chemin des estives » , (Flammarion, Janvier 2021, 368 pages)
présenté par Marie Velut, le 11 octobre 2021.

En juillet 2019 Charles et Benoît partent sur le GR4 d’Angoulême à Notre-Dame-des-Neiges en Ardèche. Sans argent, sans tente ni téléphone, ils doivent mendier hébergement et nourriture à chaque étape.

Ce livre est le récit de leur itinérance. Très agréable à lire, fluide et sensible, il nous raconte les difficultés du quotidien à trouver un toit mais aussi la beauté de ce Massif Central traversé.

On y croise Rimbaud, Charles de Foucauld, le silence et surtout une foule d’anonymes accueillants au grand cœur.

Beaucoup de lecteurs peuvent être touchés par ce livre : ceux qui aiment la nature, ceux qui sont curieux de découvrir des points communs entre Rimbaud et Ch. de Foucauld, ceux qui croient à la sobriété et aux choses simples. En clinique pour les malades ce livre peut être une source d’évasion .