Roman « Le visage de la nuit » de Cécile Coulon – (Editions l’Iconoclaste, 275 pages.)-
par Brigitte Mangoni (Bibliothèque de St Georges d’Orques), le 18 Février 2026 –

Un conte moderne, noir, cruel et intemporel où la laideur et la beauté se croisent. Le jour est source d’angoisse, la nuit, de liberté et d’apprentissage.
L’autrice

Cécile Coulon, est née le 13 juin 1990 à Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme). Elle est une romancière, nouvelliste et poétesse française.
À l’âge de 16 ans, Cécile Coulon publie son premier roman intitulé Le Voleur de vie, aux éditions Revoir. Elle passe un baccalauréat option Cinéma. Après une hypokhâgne et une khâgne au lycée Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand, elle poursuit ses études en lettres modernes.
Elle est reçue, en 2009, aux Éditions Viviane Hamy, où elle restera jusqu’en 2018, publiant cinq romans, dont Le roi n’a pas sommeil (prix France Culture/Nouvel Observateur), et Trois saisons d’orage (prix des Libraires). En 2018, elle publie son premier recueil de poèmes aux Éditions du Castor Astral, Les ronces, et reçoit le Prix Apollinaire, ainsi que le prix Révélations Poésie de la Société des Gens de Lettres.
Son roman Une bête au paradis paru à L’Iconoclaste en août 2019 a reçu le Prix littéraire Le Monde et a été élu le roman préféré des libraires. Après le succès de La Langue des choses cachées en 2023, son nouveau roman Le Visage de la nuit paraîtra en janvier 2026.
Le roman
L’action se situe au Fond du Puits, bourgade imaginaire en une époque que l’autrice ne dévoile pas.
Le personnage principal est un jeune garçon de sept ans, il n’a ni prénom, ni nom. Il a été beau jusqu’à l’épidémie de fièvre dite mortelle mais à laquelle il a survécu. Il a en effet, été sauvé par un guérisseur présent, en dernier recours. Cette fièvre le laissera défiguré et monstrueux à vie. Il est à présent « une créature ».
Suite à cette tragédie, son père devient fou, l’abandonne et part sur les routes, criant son désespoir et sa haine.
L’enfant, le monstre, sera pris en charge par le curé du village dans le presbytère, assisté d’une femme aveugle « Madame », ancienne institutrice. Il y sera nourri, choyé, éduqué, aimé même, et surtout tenu informé de la cruauté des hommes.
Afin de le préserver du jugement et de la malveillance de la population du village, le curé lui ordonne de ne pas se montrer le jour et de ne sortir que la nuit, conseil que suivra l’enfant pendant de longues années.
La nuit, enfin libre, il va parcourir les sentiers autour du village, la forêt surtout, qui restera son espace d’émancipation, d’apprentissage, de protection, de rencontres avec les animaux sauvage, vivants ou morts, et plus tard d’échanges, alors que durant la journée, le village est synonyme de grand danger.
Il vit tel un animal traqué en ayant toujours peur de rencontrer un être humain. Il connait cette forêt par cœur, ses sentiers, ses animaux. Si le jour lui fait peur, la nuit le fait vivre.
Une nouvelle famille s’installe dans cette bourgade. Elle retiendra enfermé dans la maison, le fils, dont la beauté du visage est tellement bouleversante qu’elle en est dangereuse pour lui, face aux jaloux, aux malveillants et à la grande perversité du monde. Lui aussi court un grand danger. Gardé jalousement par sa sœur aînée, il ne sortira jamais de chez lui.
L’enfant défiguré, quant à lui, finira par rencontrer une nuit dans la forêt, une jeune fille. Il ne lui montrera jamais son visage mais ils vont devenir amis jusqu’à la tragédie…
Style et analyse du roman
Comme à son habitude, Cécile Coulon nous fait vivre pleinement cette histoire avec son don remarquable de l’écriture.
Le texte est fluide et poétique. L’histoire comprend plusieurs chapitres qui se suivent et permettent au lecteur une pause. Le tout est cohérent et tellement logique !
Les sens du lecteur sont en éveil en permanence. Le livre vit intensément. Le monde de la nuit est sans cesse évoqué et le lecteur y rentre et profite de l’apprentissage de l’enfant.
L’autrice nous plonge dans ce conte poétique, cruel aussi mais duquel on ne peut sortir. L’imaginaire du lecteur est sans cesse « au travail ».
Cécile Coulon aborde dans ce conte le thème de « l’apparence » qui revêt une importance capitale dans les normes de la société et à toutes les époques. La laideur d’un visage ou sa très grande beauté sont évoquées comme des dangers face à une population d’une grande bêtise et qui n’a su que développer des préjugés.
Elle évoque aussi la place de la mort dans notre civilisation d’une certaine façon mais aussi la religion et le lieu où elle est pratiquée, ici, l’église, la crypte. A aucun moment, Dieu n’est évoqué, seulement l’église.
Mon avis
Je suis une inconditionnelle de Cécile Coulon dont j’apprécie l’écriture, le grand talent et l’imagination.
Ce conte m’a beaucoup marquée par sa forme, son originalité mais aussi par son sens. Il pourrait être lu à n’importe quelle époque.
Les préjugés, la méchanceté, la cruauté, la jalousie, font partie de toutes les civilisations.
Face à la méchanceté, le lecteur est touché par la bonté et l’amour que vont porter deux personnages (le curé et Madame) à cet enfant déshérité de tout, y compris de l’amour de son père biologique. Tout n’est donc pas perdu et reste possible. C’est un message fort.
Ce roman est envoutant et d’une grande sensibilité. Il est remarquablement écrit.
Extrait
Le curé : « Vous vivrez, mais vous vivrez en monstre. Ne craignez pas ce mot, il ne dit rien de ce que vous êtes, il dit seulement ce que les hommes penseront de vous s’ils vous voient. Et les hommes, capables du meilleur et du pire, craignent le monstre quand il ne vit pas en eux. »