![]()
PRUDHOMME, Sylvain : «De l’autre côte du lac», août 2026, 288 pages(Minuit)


Biographie : Né en 1979, Sylvain Prudhomme a passé son enfance à l’étranger (Cameroun, Burundi, Niger, Ile Maurice) avant de venir étudier les lettres à Paris. Il a le goût de l’exploration, du lointain, de l’utopie, des vies solitaires et de la réserve de possibles qu’elles offrent. Il est l’auteur de romans, de feuilletons et traducteur d’essais. Il a été l’un des membres fondateurs de la revue Geste et a collaboré au journal Le Tigre. Il a également dirigé de 2009 à 2012 l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, en Casamance. Il est agrégé de lettres modernes et vit et travaille actuellement à Arles.
Centré sur la disparition d’une photographe à la lisière d’une réserve alpine interdite aux hommes, son neuvième roman emprunte les codes du thriller naturaliste pour mieux sonder l’attrait du sauvage et la tentation de se retirer du monde.
Lorsque le narrateur rencontre Paola sur un parking, il est bouleversé par cette jeune photographe de retour d’un séjour dans une zone de haute montagne extrêmement hostile et isolé. Elle a obtenu de séjourner, pour un projet artistique, dans «La cabane du lac» où logent parfois des équipes scientifiques dans une vallée enclavée à 2000 mètres d’altitude surplombée par des cimes à plus de 3000 mètres, une réserve interdite au public. Elle lui parle avec passion de cet endroit «De l’autre côté du lac». Ils échangent quelques messages, mais leur histoire n’ira pas plus loin même si quelque chose est né chez lui, une fascination qui va peu à peu se transformer en véritable obsession. Il connaît à peine Paola, mais sa personnalité, son goût du risque, sa liberté et ce qu’il devine de sa quête le poursuivent bien au-delà de leur rencontre.
Bientôt un homme est retrouvé mort auprès du lac et Paola disparaît. On la déclare morte, ce que refuse d’admettre le narrateur. À travers les témoignages et les indices qu’il rassemble, il tente de retrouver une femme qu’il n’a finalement fait qu’entrevoir, et dont l’absence va prendre une place immense dans sa vie.
La montagne est le personnage primordial dans cebeau roman, elle règne en majesté, avec sa beauté, ses pièges et ses dangers. Les animaux -bouquetins, oiseaux, rongeurs- en sont les maîtres absolus ; les arbres, les plantes, le silence donnent l’impression d’un monde à part, infiniment poétique.
Deux extraits :
«Photographier, c’est toujours poursuivre un invisible. Mais qu’est-ce que je poursuis, moi? Qu’est-ce que je cherche à fixer que mes yeux ne voient pas, mais que tout mon être sent, et que je rêve de voir s’imprimer sur la plaque?»
«Qui se tait coupe les ponts. C’est une loi. Un effet immédiat du silence, universellement observé. Qui se tait s’éloigne, bascule peu à peu dans un autre monde : celui de la solitude. Avec ce qu’elle comporte de vertige, d’effroi. Avec aussi ce qu’elle ouvre d’ivresse.»