La vie de Marguerite YOURCENAR, en photos et avec quelques mots

                                   
Marguerite de Crayencour enfant                   Marguerite Yourcenar jeune adulte

Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine CLEENWERCK de CRAYENCOUR,
passée à la postérité sous son pseudonyme Marguerite YOURCENAR


Marguerite YOURCENAR et sa passion
d’aller à la rencontre des civilisations par le voyage

 


Le château familial situé au sommet du mont Noir
dans la commune de Saint-Jans-Cappel (Nord),
construit en 1824 par l’arrière-grand-père de Marguerite Yourcenar
Il sera détruit sous les bombardements pendant la première guerre mondiale

 

La villa d’Hadrien, ou Villa Hadriana,
domaine impérial construit par l’empereur Hadrien.
Elle est à une trentaine de kilomètres de Rome,
et figure parmi les ensembles monumentaux les plus riches de l’Antiquité.

                                             
      Etat du Maine des Etats-Unis                                                    Domicile « Petite Plaisance »
de Marguerite Yourcenar & Grace Frick, sur l’île des Monts Déserts


Jean d’Ormesson (1925 – 2017)
Auteur et avocat talentueux qui avait plaidé ardemment
pour l’entrée de Marguerite Yourcenar
dans l’Académie française

 
Marguerite Yourcenar à l’Académie française, le 22 janvier 1981

                           

 

 

 

Marguerite YOURCENAR et Brigitte BARDOT :
      Une grande amitié, et le même amour   des animaux

                                     
André Fraigneau                                                         Jerry Wilson
Ecrivain, et éditeur chez Grasset               Photographe et réalisateur américain

 => Deux hommes qu’elle a aimés passionnément

* * * * * * * * * * * * * * * * * *

Marguerite YOURCENAR
Nationalité : Française et Américaine
Né(e) à : Bruxelles, Belgique, le 08/6/1903
Décédée à : Mount-Desert, États-Unis, le 17/12/1987. Elle avait 84 ans.

Marguerite Yourcenar a une renommée internationale et son œuvre littéraire est connue dans le monde entier.

Elle a conjugué plein de talents en étant romancière, nouvelliste, autobiographe, mais aussi poétesse, traductrice, essayiste et critique littéraire.

De son vrai nom, elle s’appelle Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine CLEENEWERCK de CRAYENCOUR. La deuxième partie de son patronyme, de CRAYENCOUR avec la particule aristocrate c’est le nom d’une terre acquise par sa famille. Dans la plus pure des traditions, de Crayencour a été adjoint au XVIIème siècle au patronyme Cleenewerck.

Alors, quel rapport y a–t-il entre de Crayencour et Yourcenar ?

  • Yourcenar est le pseudonyme qu’elle s’est donné pour publier très jeune ses premiers ouvrages
  • Son père l’a soutenue et lui a donné son accord pour qu’elle publie sous ce pseudonyme
  • Yourcenar est l’anagramme presque parfaite de son patronyme de Crayencour. Il manque juste un C.
  • Et c’est sous le nom de Yourcenar qu’elle recevra la nationalité américaine en 1947.
  • Yourcenar deviendra alors donc son patronyme légal.

Marguerite de CRAYENCOUR, dite Marguerite YOURCENAR est née en Belgique, à Bruxelles, le 8 juin 1903. A sa naissance, elle est de nationalité française.

  • Son père est originaire de la Flandre française, il fait partie de la noblesse du nord de la France, et il s’appelle Michel Cleenewerck de Crayencour.
  • Sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne est issue de la noblesse belge. Elle mettra au monde Marguerite, et elle mourra… dix jours après la naissance de l’enfant.

En notre début du XXIème siècle, et on est stupéfaits de cette mortalité maternelle. En fait, au début du XXème siècle, c’était hélas très courant. Les accouchements n’étaient pas médicalisés, et surtout, le premier antibiotique, la pénicilline de Fleming, est apparu en 1928. L’année de naissance, en 1903, ça n’existait pas encore.

Marguerite de CRAYENCOUR est élevée en France, dans le département du Nord :
– par sa grand-mère paternelle, Noémie Dufresnes – dont elle fait, dans « Archives du Nord », un portrait acide
– et par son père avec lequel elle va faire de nombreux voyages.

Son père est un notable anticonformiste, cultivé et grand voyageur. Il est souvent absent et joue des fortunes dans les casinos. Mais il saura lui transmettre et lui faire partager toutes les qualités qui le définissent :
– Son anticonformisme,
– Son goût de la culture,
– Et son amour des grands voyages.

Marguerite, durant toute son enfance, passera :
. ses hivers dans l’hôtel particulier de sa grand-mère, à Lille,
. et ses étés, jusqu’à la Première Guerre mondiale, dans le château familial situé au sommet du mont Noir dans la commune de Saint-Jans-Cappel (Nord), construit en 1824 par son arrière-grand-père Amable Dufresne

Le père de Marguerite Yourcenar vendra le château familial peu de temps après en avoir hérité. Il a été quelque part bien inspiré de le vendre car ce château sera détruit lors des combats de la Première Guerre mondiale !

Lorsqu’elle a 9 ans, elle emménage à Paris avec son père et une bonne, Camille, qui s’occupe d’elle.
Marguerite va au théâtre, au musée, lit beaucoup de livres, et toute l’œuvre de Tolstoï, que son père lui propose à la lecture.

De surcroît, il l’emmène avec lui souvent pour des voyages (Belgique, Angleterre, le midi de la France, la Suisse, l’Italie), ce que Marguerite apprécie beaucoup.

Mais comment peuvent-ils voyager aussi librement ? La réponse : Marguerite Yourcenar n’est jamais allée à l’école, elle reçoit une éducation à domicile. Elle apprend le grec avec un professeur et s’initie seule au latin et à l’italien. Sa passion des langues et des cultures dans lesquelles elles s’inscrivent restera forte tout au long de sa vie.

Ce qui est drôle, c’est qu’en 1919, elle passe la première partie du baccalauréat en candidate libre à Aix-en-Provence et elle obtient la mention passable ! Elle ne se présentera pas à la seconde partie du baccalauréat, qu’elle n’obtiendra donc pas.

Alors, avant de suivre les multiples sentiers empruntés par Marguerite Yourcenar, précisons quand même qu’en Italie, elle découvrira la Villa d’Hadrien ! Elle va éprouver un coup de cœur pour cet empereur Romain du IIème siècle après Jésus-Christ, à qui elle va donner la parole dans « Les Mémoires d’Hadrien ».


La villa d’Hadrien, ou Villa Hadriana, domaine impérial construit par Hadrien.

Elle est à une trentaine de kilomètres de Rome, et figure parmi les ensembles monumentaux les plus riches de l’Antiquité.

Première publication
Sa première publication, un poème sous forme d’un dialogue, « Le Jardin des chimères », sort en 1921, à compte d’auteur, et il est signé Marg Yourcenar.

 Débuts littéraires
En 1929, elle publie son premier roman : « Alexis ou le Traité du vain combat ».
Il s’agit d’une longue lettre dans laquelle un homme, musicien renommé, confie à son épouse son homosexualité et sa décision de la quitter dans un souci de vérité et de franchise.

Après le décès de son père en 1929 (il a eu le temps de lire le premier roman de sa fille), Marguerite Yourcenar mène dans les années 1930 une vie bohème entre Paris, Lausanne, Athènes, les îles grecques, Istanbul, Bruxelles, etc. Elle fréquente un bar de lesbiennes, rue du Mont-Thabor à Paris, et noue des liaisons avec des femmes.

Son talent littéraire va lui faire croiser le chemin d’un jeune écrivain et éditeur chez Grasset : le séduisant et hyper cultivé André Fraigneau. En 1930, il découvre l’essai, jamais publié, de Marguerite Yourcenar sur le poète antique Pindare, un des plus célèbres poètes lyriques grecs, né en 518 av. J.-C.

André Fraigneau va jouer un rôle décisif dans la carrière de la jeune écrivaine, en publiant « Pindare » aux éditions Grasset.

S’ensuivront d’autres publications chez Grasset.

André Fraigneau la conseille, l’édite, la valorise, et voilà que Marguerite Yourcenar se met à éprouver pour lui une passion amoureuse intense, mais qui s’avèrera destructrice car Fraigneau préfère les hommes. Elle décrit dans « Feux », paru en 1936, cette impossible passion, où elle intègrera le thème du désespoir amoureux et des souffrances, le tourment de l’âme humaine enflammée par un amour non partagé.

Elle rompra définitivement avec lui quand elle apprend la visite en 1941 de Fraigneau en Allemagne, sur invitation de Joseph Goebbels.

 Une histoire d’amour réciproque
Entretemps, Marguerite Yourcenar a fait la connaissance, en 1938, de Grace FRICK (1903 – 1979). C’est une Américaine qui enseigne l’anglais, elle est aussi chercheuse et traductrice.

Grace Frick renoncera à sa carrière universitaire. Elle soutiendra financièrement et psychologiquement Marguerite Yourcenar pendant la guerre et devient la traductrice de son œuvre en anglais, notamment ses deux œuvres majeures « Les mémoires d’Hadrien » et « L’œuvre au noir ».

Elle devient rapidement la compagne de Marguerite Yourcenar après leurs premières rencontres, et elles partent vivre aux Etats-Unis.

                   
Grace FRICK                              Marguerite YOURCENAR

Elles s’installent à partir de 1950 sur l’île des Monts Déserts dans le Maine et nomment leur maison « Petite Plaisance« .
Elle sera naturalisée américaine sous son nom Yourcenar. Elle a enseigné la littérature française et l’histoire de l’art.

Les deux femmes vivront ensemble pendant plus de 40 ans, jusqu’à la mort de Grace Frick survenue en 1979, des suites d’un cancer. Enorme chagrin de Marguerite devant cet inexorable de la mort.

Concernant sa sexualité, Marguerite Yourcenar revendique, selon les propres mots, une « liberté d’aimer ». A une époque où l’homosexualité est considérée comme une maladie mentale, elle n’utilise pas le terme homosexuel, elle refuse les termes médicaux et elle affirme sa pleine liberté dans le choix de ses partenaires. Elle éprouvera de la passion amoureuse aussi bien pour des hommes que pour des femmes.

Du côté des traductions d’œuvres littéraires faites par Marguerite Yourcenar, citons le roman « Les vagues » de cette célèbre femme de lettres anglaise Virginia Woolf, qu’elle rencontre en 1937.
Yourcenar considère le travail de traduction presque comme un travail de co-écriture avec l’auteur. De nombreux traducteurs feront la remarque que, du fait des libertés qu’elle prend, elle traduit les œuvres dans son style plus qu’autre chose.

En 1951, Marguerite Yourcenar, passionnée par le monde gréco-latin, publie les « Mémoires d’Hadrien« .
Véritable succès mondial, les « Mémoires d’Hadrien » sont récompensés par le Prix Femina-Vacaresco, puis par le Prix de l’Académie française en 1952.
Cet ouvrage permet à Marguerite Yourcenar d’affirmer définitivement son statut d’écrivain.

L’empereur Hadrien a régné au IIème siècle de notre ère. Elle admire cet homme qui a arrêté la politique expansionniste de ses prédécesseurs dans l’empire Romain, sa culture, son goût des Arts et son profond humanisme qui s’est traduit par des lois pour protéger les droits fondamentaux des femmes, pour alléger l’esclavage et pour reconnaître à chacune des religions le droit d’exister.

Son œuvre est foisonnante, mais citons quand même son intense et inoubliable roman « L’ŒUVRE AU NOIR », publié en 1968, qui sera récompensé par le Prix Femina.

Son personnage intense, Zénon, un médecin alchimiste du XVIème siècle, incarne l’esprit du début de la Renaissance, mais il sera broyé par les résidus d’obscurantisme du Moyen Age finissant. Zénon, héros socratique, donnera plus de prix à sa liberté qu’à sa vie et il décidera d’affronter la mort en face.

Académie française
Le 6 mars 1980, Marguerite Yourcenar est élue à l’Académie française.
Première femme à intégrer l’institution, elle sera aussi la première femme dont l’œuvre est publiée de son vivant dans la Bibliothèque de la Pléiade (en 1982).

                                               
Jean d’Ormesson (1925 – 2017)                          Marguerite Yourcenar à l’Académie française,
le 22 janvier 1981

UN AMOUR COMMUN DES ANIMAUX
Le 24 février 1968, Marguerite Yourcenar envoie une lettre à Brigitte Bardot, lui exprimant toute son admiration pour ce qu’elle fait pour la protection des animaux. 

Elle lui demande de mettre sa notoriété internationale au service de la défense des bébés phoques et d’intervenir auprès des gouvernements et dans les médias pour mettre fin à leur horrible massacre annuel dans les eaux canadiennes. Yourcenar assortit sa lettre de quatre pages de documents sur cette chasse, alors peu connue du public, et dont seuls quelques experts dénoncent la pratique à l’époque.

C’est en 1976 que Bardot s’engage contre le massacre des bébés phoques, mais sans rapport semble-t-il, avec la lettre de Yourcenar qu’elle dit n’avoir jamais reçue.

 En 1980, lorsque Marguerite Yourcenar est élue  à l’Académie Française, elle exprime le désir de rencontrer Brigitte Bardot mais celle-ci refuse de la rencontrer, croyant à de simples mondanités, qu’elle exècre.
Quelques années plus tard, Yourcenar, de passage à Cogolin, redemande à Bardot de la recevoir.
Celle-ci accepte finalement. Elles ont alors un long entretien à La Madrague et une amitié s’établit entre les deux femmes qui échangeront des correspondances jusqu’à la mort de Yourcenar en 1987.

                             
Marguerite YOURCENAR                Brigitte BARDOT, un bébé phoque dans ses  bras
avec son chien qu’elle cajole

Les 10 dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar
En 1978, un certain Jerry Wilson entre dans la vie de Marguerite Yourcenar. Ce jeune photographe (photo en intro) est venu à Petite Plaisance pour réaliser un court métrage sur Yourcenar. Leurs liens vont s’instaurer jusqu’au décès du jeune Jerry, qui ne cache pas son homosexualité, et dont elle tombera follement amoureuse. Ils ont plus de 30 ans d’écart d’âge. Marguerite Yourcenar est consciente des marques de vieillesse qui affectent son corps. Il n’en reste pas moins qu’elle adore être en sa compagnie, qu’en sa présence, elle se sent revivre avec les mêmes élans que dans sa jeunesse. Il sait qu’il a une forte emprise sur elle.

Mais l’ombre au tableau, c’est l’état de santé de sa compagne Grace Frick, avec qui elle a vécu pendant plus de trente ans. Grace est en fin de vie. Elle sait que Marguerite adore voyager, et elle s’inquiète du besoin d’accompagnement de Yourcenar lorsqu’elle part découvrir le monde. Elle recommande Marguerite à Jerry Wilson, et lui demande d’en prendre soin. Au décès de Grace Frick, en novembre 1978, Marguerite Yourcenar a une profonde souffrance, et le sentiment d’une perte irrémédiable.

L’écriture et les voyages lui seront indispensables pour ne pas se laisser submerger par la nostalgie de cette compagne qui n’est plus.

Jerry Wilson deviendra son secrétaire personnel.

Deux ans plus tard, alors qu’elle est en croisière dans les Caraïbes, Marguerite Yourcenar apprend qu’elle a été élue à l’Académie française, le 6 mars 1980.

Elle tombe malade à la fin de 1985 et lorsque Jerry, atteint du sida et proche de la mort, vient la voir à l’hôpital, elle l’appelle « André ». Son inconscient la ramène très probablement au talentueux et séduisant André Fraignaud qui avait d’emblée compris que Marguerite Yourcenar allait devenir une figure majeure de la littérature, à l’échelon international.

Jerry Wilson meurt du sida le 8 février 1986.

Marguerite terminera sa vie dans l’isolement de l’île des Monts-Déserts, entre l’écriture et de longs voyages qui la régénèrent.

Bon à savoir : nous pourrons découvrir des écrits posthumes de Marguerite Yourcenar en 2037 ! En effet, ses derniers mois de sa vie avec Jerry sont consignés par elle dans des documents scellés jusqu’en 2037 et déposés à Harvard.

Marguerite Yourcenar meurt le 17 décembre 1987, la veille du départ d’un voyage qu’elle avait prévu au Népal, dans l’espoir de rencontrer le Dalaï Lama. Cette rencontre avec le Dalaï Lama aurait été sublime, empreinte de spiritualité et d’estime réciproque.

Mais la vie s’arrête souvent avec des points de suspension

Pour rester encore un peu avec la grande Marguerite Yourcenar, voici quelques-unes de ses pensées :

Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin

La possibilité de jeter le masque en toutes choses
est l’un des rares avantages que je trouve à vieillir

 Tous nous serions transformés si nous avions
le courage d’être ce que nous sommes

 Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts

 

 

 

 

 

               

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.