Roman « Morvan », de Bénédicte Belpois

Roman « Morvan », de Bénédicte Belpois (Collection Blanche chez Gallimard – 208 pages)

 

 

L’auteur

Bénédicte Belpois est une autrice franco-suisse. Elle vit à Besançon où elle exerce la profession de sage-femme. Suiza, paru en 2019, est son premier roman. Il a été récompensé par le prix Marcel Aymé et le prix des lecteurs de la Ville de Brive. Suivront : Saint Jacques (2021) et Gonzalo et les autres (2023). Morvan est paru ce mois-ci chez Gallimard.

Le livre

Morvan est le surnom d’un jeune homme solitaire. Quelques mois après la mort de son père, il décide brusquement de quitter l’Ardèche, son travail d’ouvrier agricole et sa vie morne : « Il s’est brisé quelque chose en moi, une sorte d’amarre qui m’attachait là, à caboter inlassablement contre le crépi moisi de la maison ». Sa rencontre avec Monica et Giovanni va donner un tour inattendu à sa vie, à la faveur de l’amour et de l’amitié. Le trio va vivre une équipée romanesque entre la France, l’Italie et la Suisse, en passant par l’Espagne imaginaire contée par la Duquesita, une vieille femme excentrique et généreuse qui les marquera à jamais.

J’ai d’abord été conquise par le style de l’auteur : des mots simples, justes qui vont servir avec fluidité la narration, des descriptions réalistes ou poétiques, l’expression des émotions.

Je me suis laissée emporter ensuite par la profonde humanité des personnages du roman. Ce sont des « cabossés » de la vie.

« Nous n’étions pas du même monde, nous n’étions pas dans les mêmes conditions affectives, morale et financières, et pourtant notre volonté de liberté malgré l’enfermement familial, notre foi dans le mythe du bonheur, sa recherche permanente étaient les mêmes. Je ressentais avec elle cette mitoyenneté de vie que j’avais éprouvée avec Monica au lac de Passy, je comprenais que ce qui nous rassemblait avant tout était l’universalité des émotions de l’enfance solitaire, de l’adolescence abandonnée et une certaine difficulté à vivre dans le monde des adultes. »

Morvan va connaître la rue, la misère, l’addiction. Benedicte Belpois aurait pu écrire un roman noir mais là n’est pas son intention. Elle décrit la réalité sans misérabilisme, précisément mais sans s’attarder. Son propos est ailleurs :  des personnages qui vont à la rencontre de l’amitié et de l’amour avec résilience, générosité, naïveté parfois.

Elle évoque également l’importance de ce monde intérieur qui nous sauve d’une réalité trop difficile. Morvan, auprès de son père puis auprès de la Duquesita, découvre le pouvoir des mots et des contes. Ceux que l’on écoute ou que l’on invente, qui ouvrent le champ des possibles et aide à se construire.

« Un jour que je m’étais attristé de ne pas avoir voyagé aux quatre coins du monde comme elle, de ne connaître que l’Ardèche et quelques rares endroits en France, elle m’avait posé la main sur le bras et m’avait dit avec un sourire lumineux : « Tu as de la chance. Quand on a vu, on n’imagine plus. Il te reste toute l’Espagne, tout le monde à rêver. »

L’auteur traite avec délicatesse et justesse du rôle des paysages que nous portons en nous et qui ont la vertu salvatrice de nous replonger dans la douceur d’un instant de bonheur. Ils nous appartiennent définitivement et quoi qu’il arrive.

« J’ai regardé par ma vitre et tout à coup la vallée d’Aoste est entrée en moi…Je me sentais enfant dans ce décor. Petit garçon heureux, léger, courant en short dans l’herbe, comme à la colo. Là-bas aussi il y avait des montagnes… Mille et un souvenirs d’un temps heureux, celui de l’enfance à la montagne, celle qui dépayse de la ville plate. Cette enfance naïve où l’on ne sait pas encore qu’on a tiré le mauvais numéro… »

Enfin, Benédicte Belpois nous interpelle sur ce qui fait notre identité, notre être profond derrière les surnoms que les autres nous donnent et qui nous collent à la peau parfois dès l’enfance. Ils ne nous définissent pas. En prendre conscience est un pas vers la liberté.

Collection Blanche chez Gallimard – 208 pages

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