LA ROUTE de Cornac McCarthy

Une vision sombre mais humaine de la fin du monde, loin des clichés des films catastrophe.

Cormac McCarthy est un des plus grands écrivains américains contemporains.

Né en 1933 à Providence, Rhode Island, il grandit dans le Tennessee. Après des études à l’Université du Tennessee, il s’engage à 20 ans dans l’US Air Force et passe deux ans en Alaska.
Après cette période militaire, il se consacre à l’écriture et vit modestement jusqu’à la publication de son premier roman en 1965 «Le Gardien du verger» qui sera salué par la critique et lui permettra d’obtenir une bourse.
Ce sera le début d’une carrière exceptionnells.

McCarthy est décédé le 13 juin 2023, laissant derrière lui une œuvre majeure.
Considéré comme l’un des plus grands romanciers américains, il est souvent comparé à Faulkner ou Hemingway pour sa prose puissante et son exploration des marges de la société. Son style est sombre, à la fois violent et poétique.

Prix Pulitzer pour La Route (2007).
Prix National Book Awards pour la trilogie des confins Tous les jolis chevaux (1992).

Il publie en 2005 un roman policier No Country for Old Men et collabore avec les frères Cohen pour son adaptation au cinéma. «Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme» est récompensé par quatre Oscars dont celui de meilleur film en 2008.

Une catastrophe a dévasté les États Unis, un homme et son enfant abrités sous une bâche en plastique poussent un caddie sur une route, dans la cendre molle sous un ciel assombri. Toute vie a disparu du paysage ravagé, brûlé. Des orages de pluie grise, alternent avec la grêle et la neige polluée, le froid est intense, l’humidité glacée pénètre les deux marcheurs.
Les maisons, les villes sont en ruines, les cadavres, parfois dépecés, sont partout. Les autres survivants sont une menace permanente, ils se livrent aux pires exactions pour subsister, dont anthropophagie.
L’enfant est né juste après l’apocalypse, on comprend que la mère a refusé la survie et choisi le refuge de la mort. L’homme et le petit marchent depuis quelques années, les magasins ont été pillés depuis longtemps, la recherche de nourriture et d’abri sûr pour la nuit sont une inquiétude permanente .
Ils marchent vers le sud, la mer, espérant de moins pires conditions. La route paraît infiniment longue, les obstacles sont terribles, les quelques oasis précaires.
Survivront ils à la faim, aux pièges mortels, au climat devenu invivable ?

Le père et le fils n’ont pas de nom,  l’homme et le petit sont les « bons », ceux qui « portent le feu », ils se distinguent des autres survivants, «les méchants» réduits à l’animalité.
La relation père fils est le cœur du roman, leur relation est une métaphore de l’humanité, le père représente la mémoire du passé et l’enfant l’avenir.
Le thème du feu se retrouve dans plusieurs des romans de McCarthy, il symbolise l’âme humaine.
L’amour inconditionnel du père, leurs moments de tendresse, leurs dialogues, leurs conflits montrent que l’amour et la moralité peuvent persister, même dans les circonstances les plus sombres. Le père s’attache à transmettre à l’enfant les valeurs morales essentielles, l’amour, la compassion et il va jusqu’au sacrifice pour assurer la survie de cet enfant «porteur du feu».
Dans un monde où la loi du plus fort, du plus « méchant » prévaut, la flamme que l’enfant porte est précieuse, c’est l’unique lueur d’espoir d’une possible rédemption de l’humanité.

Le style est épuré, minimaliste, les dialogues sont rares, les paroles brèves, et les descriptions, bien que précises, laissent une grande place à l’imaginaire du lecteur.
C’est un récit dur et poétique, le livre est sombre, violent par moments, mais aussi d’une grande beauté littéraire. Un ciel toujours assombri est ainsi évoqué: «Le jour le soleil banni tourne autour de la terre comme une mère en deuil tenant une lampe.»
L’auteur utilise une prose dépouillée, les mots semblent parfois insuffisants pour exprimer l’horreur de la situation, ce qui renforce l’impact émotionnel du récit.

Le livre conviendra aux amateurs de littérature exigeante, aimant les récits profonds, philosophiques et au style audacieux. Mais c’est aussi  une histoire déchirante sur l’amour, la peur et la résilience qui  plaira aussi aux lecteurs en quête d’émotion.

McCarthy n’apporte pas de réponses faciles, il ne donne pas d’explications sur la catastrophe ou sur la fin. Le lecteur doit accepter l’ambiguïté et se laisser porter par l’atmosphère et les émotions.
C’est un roman d’anticipation, une dystopie noire d’après apocalypse, où la relation père fils est la seule note d’humanité positive.

J’avais lu ce livre lors de sa sortie, j’en avais gardé un souvenir très marquant.
Le retour à la barbarie m’avait fait réfléchir et je suis depuis plus sensible aux événements du monde où la sauvagerie humaine s’exprime. L’anthropophagie m’avait particulièrement heurtée.

A la relecture j’ai mieux compris les intentions de l’auteur, il nous dit que notre vernis de civilisation, de culture, de morale, est très mince, que les germes de la violence, de l’agressivité sont en nous et que le vernis peut craquer très vite dans des situations extrêmes.

Quand l’humanité est retournée à la barbarie, comment survivre sans perdre son âme ?

J’ai retenu  que l’ultime force de résistance se trouve dans le cœur de l’enfant du roman, dans la bonté, la compassion, l’amour. C’est donc ces valeurs qu’il importe de transmettre.

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.